Directeur général de l’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ)
L’Office des personnes handicapées du Québec réagit à l’article « Vos logements coûteront (encore) plus cher »1, paru le 25 mai 2026.
À la lecture de l’article de La Presse, une inquiétude légitime émerge : celle de voir s’alourdir la facture du logement dans un contexte déjà tendu. Cette préoccupation mérite d’être entendue. Mais elle mérite aussi d’être mise en perspective.
Car au-delà des coûts immédiats associés au nouveau Code de construction du Québec, une question fondamentale se pose : quel type de société souhaitons-nous construire ? Limiter le débat à sa seule dimension financière risque de masquer un enjeu fondamental : la nécessité d’investir aujourd’hui pour construire des milieux de vie durables, inclusifs et adaptés à toute la population.
À cet effet, rappelons qu’en 2022, 21 % des Québécoises et Québécois de 15 ans ou plus vivant en ménage privé ont une incapacité2. Cette proportion représente plus de 1,4 million de personnes. Ce nombre est d’ailleurs appelé à croître, notamment avec le vieillissement de la population.
Dans notre rapport de 2023 portant sur l’accessibilité des petits bâtiments où sont offerts des biens et des services à la population au Québec, nous avons révélé que l’aménagement d’installations accessibles dès le départ est environ 62 % plus économique que l’adaptation par la suite3.
En effet, adapter un bâtiment existant est presque toujours plus complexe et onéreux que de prévoir, dès la conception, des aménagements simples : seuils sans obstacle, circulation adéquate, salles de bains adaptées.
En ce sens, les coûts initiaux doivent être compris comme un investissement préventif – rappelons que nous sommes toutes et tous à risque de développer une incapacité au cours de notre vie –, et non comme une surcharge inutile.
Cette approche rejoint directement les positions récentes de l’Office des personnes handicapées du Québec, telles qu’elles sont énoncées dans le mémoire qu’il a déposé dans le cadre des consultations publiques sur le projet de loi no 20, Loi édictant la Loi visant à favoriser l’accès au logement et modifiant diverses dispositions concernant le domaine de l’habitation.
Dans celui-ci, l’Office rappelle que les personnes handicapées étaient plus particulièrement touchées par la crise actuelle du logement. Elles font d’ailleurs face à des obstacles supplémentaires pour accéder à un logement abordable, accessible et adapté à leurs besoins.
Or, les impacts positifs d’un logement accessible et adapté sur le bien-être et la qualité de vie des personnes handicapées sont bien documentés : de tels logements améliorent la sécurité et diminuent les risques physiques, renforcent l’autonomie et le contrôle sur la vie quotidienne, réduisent l’insécurité résidentielle et le stress associé et favorisent le bien-être psychologique et la participation sociale (Lindsay, Fuentes, Ragunathan, Li et Ross, 2024).
Les bâtiments construits aujourd’hui façonneront le Québec des prochaines décennies. Ils devront répondre à des besoins qui évolueront, parfois rapidement.
Refuser d’intégrer pleinement l’accessibilité dans nos normes revient à :
> créer un parc immobilier rapidement désuet ;
> multiplier les adaptations coûteuses et accélérer le recours aux ressources d’hébergement ;
> maintenir des inégalités évitables.
À l’inverse, faire le choix de l’accessibilité, c’est :
> anticiper les changements démographiques ;
> améliorer la qualité de vie de toute la population et favoriser le soutien à domicile des personnes en perte d’autonomie ;
> bâtir des milieux de vie résilients et inclusifs.
Devant cet état de fait et à la veille de la 30e Semaine québécoise des personnes handicapées, il nous revient de faire un véritable choix de société. À ce sujet, l’avis de l’Office des personnes handicapées du Québec est clair : l’accessibilité universelle n’est pas un luxe, mais une condition essentielle pour une société juste, équitable et durable.
Bâtir de façon accessible, ce n’est pas bâtir plus cher. C’est construire mieux, et surtout, pour toutes et tous.
1. Lisez l’article: « Vos logements coûteront (encore) plus cher »
2. Enquête canadienne sur l’incapacité de 2022. L’incapacité correspond aux aptitudes d’une personne, c’est-à-dire à son fonctionnement. C’est une réduction de la capacité d’une personne à accomplir une activité ou à fonctionner sur le plan intellectuel, psychologique, physiologique ou anatomique.
3. Consultez le rapport déposé à la Commission de l’économie et du travail
